La transformation digitale: les bénéfices pour les uns et le chômage pour les autres ?

Un exemple intéressant d'innovation au début du 20ème siècle
Fail fast, fail cheap, try again, Gerd Leonhard, copyright « Creative Commons », source Flickr.com et un amusant exemple d’innovation aux débuts de l’ère de l’électricité

 

Le 5 juin 2018, la presse nous informait que Postfinance, la division bancaire de la poste suisse, allait entreprendre de supprimer 500 emplois étant donné que « L’automatisation et la numérisation des processus, la nouvelle orientation du conseil à la clientèle privée et commerciale, ainsi que l’externalisation d’activités commerciales ont pour conséquence la réduction des effectifs actuels » ([1]).

Cette annonce est loin d’être la première. L’essentiel des entreprises privées vit depuis des années des cycles successifs de transformations de ce genre. Les entreprises suisses de droit public, comme la Poste, ont pris le même chemin. Les administrations sont en train de s’y mettre.

 

Mais qu’est-ce qu’on entend par « l’automatisation et la numérisation des processus » ?

Il est question de technologies, d’organisation et de manière de travailler.

  • La première technologie, indispensable, consiste à « dématérialiser » tous les documents utilisés par l’entreprise ou l’institution et par ses partenaires. Pour prendre un exemple lié à la poste, quand nous voulons partir en vacances et faire bloquer notre courrier le temps de notre absence, plutôt que de remplir un formulaire papier, nous pouvons remplir une demande sur son site internet et tout le traitement, paiement compris, se fait sur le web.
  • L’automatisation de ce processus est la deuxième composante technologique indispensable à cette manière de faire. Dans le cas précis, plutôt que de devoir passer par un office de poste pour faire enregistrer votre demande et payer la prestation, tout se fait en une seule fois, à l’écran et le programme qui traite cette demande est entièrement automatique. Aucune décision ni aucun autre traitement impliquant l’intervention d’un être humain n’est nécessaire jusqu’à la fin de l’enregistrement de cette dernière. Il faudrait interroger la poste pour savoir ce qu’il en est de la suite du traitement.
  • On notera au passage que, en plus de l’automatisation, cette nouvelle organisation du travail implique également de déléguer des activités au demandeur. Dans le cas ci-dessus, c’est lui qui va saisir sa demande dans le portail logiciel de la poste. Dans le cas des logiciels de « e-Banking » qui permettent aux Suisses de faire leurs paiements à la maison, ce sont eux qui saisissent les données de chaque facture à payer.

D’autres technologies sont, plus ou moins souvent associées à cette nouvelle organisation du travail, même si elles ne sont pas indispensables.

  • Une des plus souvent utilisées est le recours à des solutions dites « cloud » (ou « dans le nuage »), autrement dit le recours à une prestation d’hébergement externalisée auprès d’un prestataire spécialisé.
    • Dans un premier temps, cela a été utilisé par certaines entreprises et institutions pour mettre à disposition des utilisateur-trice-s un portail dédié, avec une ergonomie plus ou moins étudiée, qui leur permet d’interagir avec l’entreprise/institution sans pour autant accéder au système d’information de cette dernière (le plus souvent très fortement protégé et dont les accès sont très contraignants et très surveillés).
    • Dans un deuxième temps, les solutions cloud ont été utilisées pour mettre à disposition une interaction via mobile (téléphone ou tablette) et une application dédiée que l’utilisateur va installer depuis le magasin d’application de son fournisseur. Ces applications ont souvent une ergonomie très adaptée et très bien étudiée. Connectées à des logiciels dans le cloud, elles comportent un minimum d’intelligence et de données, tout le travail se fait « en arrière-plan », dans le cloud. L’application se contente le plus souvent d’afficher les résultats. C’est ce genre de solution qui permet, par exemple, de consulter les horaires de transports publics, de commander et de payer en ligne son billet depuis un téléphone mobile.
    • En plus des terminaux mobiles, il est de plus en plus question de connecter des objets. (d’où l’expression « d’internet des objets ») C’est ainsi qu’une application de domotique (pilotage d’une maison ou d’un appartement) peut se connecter à un chauffage, à un frigidaire conçus pour cela, ou à tout autre équipement au sein de votre domicile, en obtenir l’état (contenu du frigo, température des pièces, etc.), envoyer les résultats à un mobile, voire à une montre, à partir de laquelle l’utilisateur pourra, s’il le désire, donner de nouvelles consignes.

 

  • À l’interne, les entreprises et institutions n’automatisent pas leurs processus tels quels. Elles s’efforcent de les optimiser et de faire en sorte qu’ils soient aussi simples et rapides que possible. Des méthodologies comme la « modélisation et la réingénierie des processus métier » sont utilisées afin de s’assurer que ce qui est automatisé est aussi efficace que possible.
  • En particulier dans les métiers de nature juridique, il n’est actuellement pas possible d’automatiser toutes les opérations, et ceci même quand elles paraissent simples. La manière dont une demande doit être traitée doit être déterminée par des êtres humains et le parcours de cette dernière au sein de l’entreprise ou de l’institution ne peut pas être prédit à l’avance. Des solutions de « gestion d’affaires » ou de « Case management » permettent de prendre en compte ce genre de situation. Elles fournissent des « briques de base » (comme demander à tel ou tel groupe de préaviser une demande) tout en permettant de suivre l’avancement du traitement de ces dernières afin de s’assurer qu’aucune ne se perd en route. Elles sont très prisées par les administrations publiques dont les métiers correspondent à ce genre de situation.
  • Les entreprises qui vendent des services ou des biens ont recours aux logiciels de « gestion de la relation client » (abrégés « CRM » en anglais et de plus en plus souvent fournis comme prestations banalisées sur le cloud) pour suivre individuellement chaque client (ses commandes, retours, etc.) et aussi pour mener des campagnes de marketing auprès de ces derniers afin de susciter de nouvelles opportunités de vente qui n’avaient peut-être pas été initialement envisagées par lesdits clients.
  • Des métiers particuliers peuvent recourir à des solutions qui leur sont spécifiques. Un cas particulièrement visible est celui des caisses en libre-service qui sont déployées dans nos chaînes de magasins. Ces dernières délèguent aux client-e-s l’acte de saisir leur panier de commissions en leur promettant en échange un traitement plus rapide, car exempt de files d’attente.

 Certaines personnes décrivent ce changement comme une « quatrième révolution industrielle ». Selon cette manière de voir, la première a été induite par l’invention de la vapeur qui a permis une première mécanisation des transports et de la production de biens manufacturés. La deuxième est survenue suite au développement de l’électricité qui a permis une production de masse, qui a révolutionné les transports et de très nombreux aspects de la vie de nos grands-parents. La troisième est le produit des débuts de l’informatique et des évolutions qu’elle a permises dans tous les domaines. La quatrième, en train de se produire sous nos yeux, est liée à une explosion des capacités des infrastructures informatiques, qui sont fondamentalement plus performantes que celles d’il y a une génération, ce qui permet des usages qui ne pouvaient pas être imaginés jusqu’alors ([2] [3] [4]).

 Le découpage précis de ces révolutions et de leurs contenus est entre autres une affaire de vocabulaire et de convention. Certains intègrent dans cette révolution le traitement massif de données non structurées (« big data » en anglais), les outils issus des progrès de l’intelligence artificielle (« deep learning », « chatbot », etc.) et la blockhain ([5]). D’autres en font des révolutions séparées. Le fait est que les débuts de ces évolutions ont lieu en même temps que la transformation numérique des entreprises et des institutions. De ce fait la discussion pour savoir si elles constituent des révolutions distinctes est d’un intérêt très limité.

 

Quelles sont les motivations des personnes qui se sont lancées dans cette entreprise ?

Les pionniers y ont vu un nouveau territoire à découvrir et la possibilité d’être vu et reconnu comme créant des entreprises à haute valeur technologique ([6]). Ils ont très vite été accompagnés par ceux qui y ont vu l’opportunité de gagner de nouveaux marchés. Le succès économique des GAFA indique à quel point cette stratégie leur a réussi ([7]).

L’impact a été tel que de très nombreuses entreprises ont estimé qu’elles devaient prendre cette voie à marche forcée pour survivre. La motivation de Postfinance est de cet ordre ([1] [8]). Associée à cette motivation est venu le désir de certains de faire plus avec beaucoup moins, en particulier en termes d’effectifs et de personnel ([6]).

La transformation numérique des entreprises a eu un impact sur les attentes des particuliers (et des entreprises) sur leurs modalités d’interaction avec les institutions publiques et parapubliques. Ils ont de plus en plus de mal à admettre qu’ils doivent interagir avec ces dernières « à l’ancienne » alors qu’ils ont pris goût à un nouveau mode d’interaction qui leur parait considérablement plus confortable, fluide et rapide. Cette pression se combine avec la lutte que mènent ces institutions pour fournir des prestations de qualité tout en évitant de sombrer financièrement et en essayant de déterminer les bonnes priorités. Les budgets n’étant pas extensibles à l’infini, si, par exemple, il y a plus d’argent qui est dévolu à payer des soigant-e-s, il sera peut-être moins possible d’augmenter le nombre d’employés d’administration. De ce fait, les institutions publiques et parapubliques se voient motivées ou contraintes d’envisager une transformation numérique telle que l’a faite l’Estonie il y a quelques années et alors qu’elles n’y sont pas nécessairement préparées.

 

Quelles sont les conséquences ?

Cette révolution est encore en cours, et il est fort possible que tous ses effets ne soient pas encore visibles. Néanmoins, certains peuvent déjà être mis en lumière.

  • Les entreprises qui se sont engagées dans cette transformation ont obtenu de très importants gains en productivité. Elle s’est aussi accompagnée d’une forte accélération du rythme des affaires ainsi que de l’innovation, qui a pour conséquence que les entreprises sont en transformation permanente ([3]). Cette accélération a un effet global sur toute la société, qui contribue à notre perception que « les choses vont trop vite et ne s’arrêtent plus ».
  • Notre manière d’interagir avec les entreprises et les institutions a indubitablement changé. Un nombre croissant de personnes trouvent tout à fait normal de pouvoir faire leurs paiements à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. On trouve tout aussi normal de faire des achats en ligne de la même manière. Nous nous sommes aussi habitués à recevoir des feedbacks immédiats de nos actions (par exemple recevoir une confirmation de commande) et cela devient très perturbant de se trouver face à un acteur qui ne respecte pas ces codes. Le changement est tel qu’aujourd’hui l’accès à Internet fait partie des services considérés comme universels qui doivent être accessibles à toute personne par le biais de son opérateur de télécommunication ([10]).
  • L’augmentation très forte du commerce en ligne qui résulte de ce changement a pour conséquence une forte réduction des commerces de détail traditionnels ([11] [12] [13] [14] [15]).
  • Il en résulte, en cascade, de très importantes pertes d’emploi, qui constituent un sujet de préoccupation majeur tant pour les personnes actives dans le monde du travail que pour les acteurs publics responsables qui constatent que cela va inévitablement avoir des conséquences très importantes ([16] [17] [18]). Il semble aussi et surtout que nous soyons très loin d’être au bout de ce changement et qu’un très grand nombre d’emplois est menacé dans les vingt années à venir, ceci même si les estimations divergent ([3] [19] [20] [21]). Cela peut avoir comme nouvelle conséquence une très forte montée de la précarité et des populismes avec une très forte déstabilisation des sociétés et la disparition du contrat social sur lequel nos sociétés actuelles sont basées. À ce titre, l’avertissement de Richard Baldwin, proffesseur au Graduate Institute (HEID) de Genève me semble particulièrement lucide ([19] [20]). Vous pourrez entendre son interview ici:

https://www.rts.ch/play/radio/tout-un-monde/audio/les-consequences-du-developpement-de-lintelligence-sur-lemploi-interview-de-michael-watkins?id=8731848&station=a9e7621504c6959e35c3ecbe7f6bed0446cdf8da

  • En ce qui concerne ceux qui conservent, encore, leur travail, une minorité de personnes très qualifiées et qui ont les dispositions d’esprit nécessaires pour être à l’aise dans un monde totalement instable et en perpétuelle mutation trouvent de très grandes opportunités dans cette nouvelle révolution.
  • Les autres se retrouvent fragilisés, vivent de très importants stress et une grande souffrance au travail. C’est ainsi que 58% des personnes quittent actuellement le monde du travail à 62 ans. « Nous constatons qu’une proportion considérable de travailleurs de 60 ans sont épuisés et ont atteint les limites de leur santé« , explique Matthias Kuert Killer, du syndicat Travail Suisse. Le travail physique dans le secteur du bâtiment, mais aussi la pression due à la numérisation dans tous les secteurs n’y sont pas étrangers([22]).
  • L’accélération de l’innovation a aussi pour conséquence un accroissement important des rythmes de consommation, même jusque dans des domaines comme la mode ([9]) avec pour corolaire, obsolescence programmée des objets et l’explosion du volume de notre montagne des déchets.
  • L’internet des objets permet de réaliser des appareils qui n’auraient pas pu exister jusque-là. Un exemple particulièrement spectaculaire est la mise sur le marché de pompes à insuline qui permettent de partager automatiquement leurs données d’utilisation entre le patient et son/sa médecin ([23]), ce permet un suivi inégalé de la santé de la personne. L’apparition de pompes qui permettent même d’ajuster automatiquement le taux d’insuline au taux de sucre de la personne ([24], [25]), ce qui était vu comme impossible il y a quelques années, est également susceptible de préserver encore mieux la santé à long terme des personnes ayant un diabète de type 1. Par ailleurs, le recours à des parties de logiciels qui se trouvent « dans le nuage » est de nature à permettre des finesses de réaction qui sont normalement inaccessibles à des dispositifs qui doivent rester très compacts. Par contre, les risques liés à des problèmes de qualité du logiciel, à un abus ou un vol de données stockées dans le cloud ou à un piratage à distance d’un objet qui ne serait pas assez sécurisé sont extrêmement graves et peuvent mettre en danger la vie de la personne.
  • L’économie du partage ([26], [27]), apparue il y a quelques années a eu un très grand impact, au moins en termes d’image. Elle a aussi eu un effet très perturbateur sur des activités traditionnelles, telles que l’hôtellerie et les taxis. Les controverses qui ont émergé qui concernent, entre autres, la nature des rapports de travail, les conditions sociales des « employés/indépendants », des cas de concurrence déloyale, les effets perturbateurs sur la vie des gens, des problèmes de sécurité et d’agression, etc. ont été très visibles dans les médias. C’est peut-être un domaine où, suite à la violence de certains conflits, un début de régulation est en train de se mettre en place. Par exemple, le statut des chauffeurs de certains services de location a été fixé sur le plan local et est en train de se discuter sur le plan national ([28]). Les services de partage de logement imposent aux personnes de déclarer leurs revenus et de payer des impôts ([29]) et la possibilité de partager son appartement est limitée dans le temps ([30] [31]) afin que des logements ne deviennent pas des mini-hôtels et afin de permettre aux résidents de trouver à se loger dans leur localité en évitant que les prix n’explosent ([32] [33]).
  • D’autres éléments sont progressivement de plus en plus visibles. L’affaire Cambridge Analytica, extrêmement prévisible ([34]), a mis en lumière la manière dont les réseaux sociaux sont utilisés pour de la surveillance de masse et pour influencer les personnes à très large échelle ([35] [36] [37]). Les comportements racistes et sexistes de nos intelligences artificielles ont également été mis en lumière et dénoncés ([38] [39] [40]). Il reste encore à voir si et quand ces dysfonctionnements seront corrigés. C’est d’autant plus important que ces logiciels sont intensivement utilisés par des services de sécurité et pour de nombreuses actions quotidiennes, comme l’analyse automatisée de demandes de prêts. Par ailleurs, même s’ils ne se sont pas encore matérialisés, la possibilité de créer des robots autonomes ayant la possibilité de tuer des êtres humains a été évoquée à de nombreuses reprises et ils sont l’objet de craintes très sérieuses ([41] [42]).

 

 

 

En fin de compte, où allons-nous ?

Le fait est que les bouleversements qui ont déjà été opérés dans nos sociétés sont là pour durer, ils ne vont pas disparaitre du jour au lendemain. Ceci dit, certains posent des problèmes dantesques et rester dans le déni ne va pas aider à faire face aux conséquences en matière d’emploi, de durabilité, de déchets et de surconsommation. L’attitude actuelle qui consiste à dire « je fais ce que je veux et après moi le déluge ! » est irresponsable et très dangereuse. La montée des populismes à laquelle fait référence Richard Baldwin est déjà à l’œuvre et les médias nous rapportent jour après jour les conséquences de cette situation qui est en train de s’aggraver. Ces mêmes médias nous rapportent (tout aussi quotidiennement) des nouvelles très inquiétantes de notre environnement que nous nous acharnons à détruire par notre surconsommation, négligence, par notre déni, par notre « moi j’ai bien le droit de …. ! » et par notre absence de réflexion.

Même si elle est très familière, cette situation est d’autant plus étrange, que l’humanité n’est pas livrée sans défense à un « cube Borg qui la condamne inévitablement à l’assimilation » (en référence à la série Star Trek). Nous avons le pouvoir de choisir notre destin. Encore faut-il le vouloir.

 

Pour ce faire, il sera certainement indispensable que nos parlements et nos gouvernements entreprennent de réguler ces changements afin d’en stopper les conséquences les plus néfastes et de modérer les effets de celles qui sont problématiques à un moindre degré. Des questions comme celles du revenu inconditionnel et universel et celles de la taxation du travail des robots ne sont pas près de disparaître. Prendre des mesures efficaces impliquera certainement des transformations des politiques publiques. Pour cela, parlements et gouvernements vont devoir sortir de leur déni, de leurs raisonnements à courte vue, de leur servilité et de leur « je ne fais rien tant que les autres ne font rien » qui paralyse de nombreux pays. Ce changement n’aura pas lieu si les citoyens ne se mobilisent pas en masse et très vigoureusement. Ceci est notre affaire à toutes et tous.

 

REFERENCES

[1] https://www.lematin.ch/economie/Postfinance-va-supprimer-jusqu-a-500-postes-/story/17547456

[2] https://www.economie.gouv.qc.ca/objectifs/ameliorer/industrie-40/page/guides-et-outils-22009/?no_cache=1&tx_igaffichagepages_pi1%5Bmode%5D=single&tx_igaffichagepages_pi1%5BbackPid%5D=22951&tx_igaffichagepages_pi1%5BcurrentCat%5D=&tx_igaffichagepages_pi1%5BparentPid%5D=22006&cHash=597b6f452e259b42a5e09ec2ff59e65b

[3] https://www.weforum.org/fr/agenda/2017/10/la-quatrieme-revolution-industrielle-ce-qu-elle-implique-et-comment-y-faire-face/

[4] https://fr.wikipedia.org/wiki/Industrie_4.0

[5] Voir, par exemple : Xavier Comtesse, Julien Huang, Florian Néméti, Data entrepreneurs – les révolutionnaires du numérique, Editions G d’Encre, 2016

[6] https://www.pipelinepub.com/Digital_Transformation/digital-transformation

[7] https://www.cfactuel.fr/sujets/comprendre-l-importance-economique-des-gafa.html

[8] https://www.imd.org/dbt/insights/digital-transformation-journey/

[9] https://www.rts.ch/info/monde/9678717-la-fastfashion-une-consommation-effrenee-aux-lourdes-consequences.html

[10] https://www.admin.ch/ch/f/gg/pc/documents/2681/OST-Service-universel-2018_Rapport-expl_fr.pdf

[11] https://www.rts.ch/info/economie/9683313-migros-va-supprimer-290-emplois-a-temps-plein-dans-les-trois-ans-.html

[12] https://www.letemps.ch/suisse/commerce-lausannois-se-cherche-un-nouveau-souffle

[13] https://www.lemonde.fr/economie/article/2016/10/20/le-declin-commercial-des-centres-villes-s-aggrave_5017351_3234.html

[14] https://www.lesechos.fr/30/10/2017/lesechos.fr/030802828255_ca-se-passe-en-europe—aux-pays-bas–les-centres-villes-se-vident-de-leurs-commerces.htm

[15] https://www.nouvelobs.com/societe/20170209.OBS5088/les-centres-villes-se-meurent-comment-peut-on-les-sauver.html

[16] https://www.ouest-france.fr/high-tech/l-impact-de-la-revolution-numerique-sur-l-emploi-inquiete-l-europe-5256637

[17] https://www.ccig.ch/blog/2016/06/Transformation-digitale-Comment-conserver-lemploi-

[18] https://blog.adecco.be/fr/actualiteit-fr/limpact-de-la-numerisation-sur-lemploi-que-nous-reserve-lavenir/

[19] https://www.rts.ch/play/radio/tout-un-monde/audio/les-consequences-du-developpement-de-lintelligence-sur-lemploi-interview-de-michael-watkins?id=8731848&station=a9e7621504c6959e35c3ecbe7f6bed0446cdf8da

[20] https://www.swissinfo.ch/fre/economie/l-avenir-de-l-emploi_la-suisse-va–fortement-s-opposer–à-la-révolution-robotique/43674744

[21] https://iatranshumanisme.com/2018/01/28/sera-limpact-de-lautomatisation-lemploi/

[22] https://www.rts.ch/info/suisse/9617954-seule-une-minorite-de-suisses-travaille-jusqu-a-l-age-de-la-retraite.html

[23] https://www.romandie.com/news/Ypsomed-lance-une-nouvelle-application-pour-controler-le-diabete/885854.rom

[24] https://www.fda.gov/MedicalDevices/ProductsandMedicalProcedures/DeviceApprovalsandClearances/Recently-ApprovedDevices/ucm600603.htm

[25] https://www.lesechos.fr/13/04/2017/LesEchos/22425-065-ECH_les-outils-pour-mieux-gerer-le-diabete-se-multiplient.htm

[26] https://www.weforum.org/fr/agenda/2017/12/qu-est-ce-que-leconomie-du-partage/

[27] http://www.bilan.ch/economie-plus-de-redaction/consommation-une-revolution-se-prepare

[28] https://www.letemps.ch/economie/suisse-cherche-un-statut-chauffeurs-duber

[29] https://fr.airbnb.ch/help/article/122/why-is-airbnb-requesting-my-taxpayer-information

[30] https://www.rts.ch/info/regions/geneve/9391601-louer-son-appartement-plus-de-60-jours-via-airbnb-sera-interdit-a-geneve.html

[31] https://www.rts.ch/info/regions/geneve/9406080-cinq-inspecteurs-pour-controler-les-locations-airbnb-a-geneve.html

[32] https://www.24heures.ch/suisse/airbnb-plomberait-marche-logement/story/22731965?track

[33] https://www.24heures.ch/monde/barcelone-veut-durcir-guerre-airbnb/story/19050267?track

[34] https://www.equaltimes.org/the-problem-isn-t-just-cambridge?lang=fr

[35] https://www.theguardian.com/uk-news/2018/may/03/cambridge-analytica-closing-what-happened-trump-brexit

[36] https://dig.watch/trends/cambridge-analytica

[37] https://www.usine-digitale.fr/article/ce-qu-il-faut-savoir-sur-le-scandale-cambridge-analytica-qui-fait-vaciller-facebook.N669244

[38] https://www.newscientist.com/article/2166207-discriminating-algorithms-5-times-ai-showed-prejudice/

[39] https://www.telegraph.co.uk/news/2017/08/24/ai-robots-sexist-racist-experts-warn/

[40] https://thewalrus.ca/how-we-made-ai-as-racist-and-sexist-as-humans/

[41] https://www.theguardian.com/commentisfree/2018/apr/11/killer-robot-weapons-autonomous-ai-warfare-un

[42] https://www.theguardian.com/science/2017/nov/13/ban-on-killer-robots-urgently-needed-say-scientists

L’internet des objets – Des opportunités, mais difficiles à saisir

robot avec la tête ouverte, dans un laboratoire
Robot avec la tête ouverte, pour faciliter la réfrigération. Source: Wikimedia commons

Cela fait quelques années que nous voyons passer quantité d’actualités qui traitent de cette thématique, parfois pour prédire la survenue d’un nouvel avenir radieux, parfois un nouvel enfer, et parfois un peu des deux. Mais de quoi s’agit-il au fait ?

Il semblerait que cette expression soit née vers 1999 dans un réseau de sept laboratoires de recherches appelé auto-ID ([1|) et dont la mission est de « rechercher et développer de nouvelles technologies destinées à révolutionner le commerce mondial et à fournir des bénéfices pour les utilisateurs qui étaient précédemment irréalisables » ([2]). Plusieurs sources mentionnent l’utilisation de l’expression « internet of things » par un chercheur du MIT, Kevin Ashton, lors d’une présentation avec Procter & Gamble. Dès l’année suivante, cette expression était devenue courante dans un petit noyau de chercheurs ([3], [4], [5]).

Comme il est d’usage, cette expression a eu une préhistoire. Certains la font remonter jusqu’en 1982 et à une expérience amusante menée à l’université de Carnegie Mellon ([5]) avec un distributeur de boissons. La première publication faisant référence à ce sujet daterait de 1991 ([6]). Originellement, c’est un « internet pour les objets » qui était imaginé, avec un réseau spécifique et adapté à ces derniers. Avec le temps, le sens de cette expression a évolué. Certains ont imaginé d’utiliser le même internet que nous (pourquoi avoir deux réseaux ?). Par ailleurs, des objets de consommation de masse ont été produits, qui ont une grande partie de leur fonctionnalité « quelque part dans le nuage, sur internet ». Imaginez, par exemple, la recherche d’un horaire et l’achat d’un billet de train avec un smartphone, ou alors la consultation des données de vos dernières performances sportives, performances qui avaient été enregistrées via un bracelet ou une montre connectée.

Ces objets semblent déjà très nombreux, une source estimant qu’ils sont déjà au nombre d’environ 23 milliards en 2018 ([7]) et d’aucuns estiment qu’ils vont continuer à se multiplier à des rythmes encore plus fous dans les années à venir ([7], [8]). On parle de 30 milliards en 2020 et de 75 milliards en 2025 ! Inutile de dire que de tels nombres font saliver. Dans une Europe en voie de désindustrialisation ([9], [10]) et dans une Suisse qui n’est pas à l’abri ([11]), toute nouvelle source de revenus est évidemment bienvenue.

Quatre acteurs du monde économique suisse et international ont publié « INTERNET OF THINGS, L’ÉMANCIPATION DES OBJETS » auprès des éditions G d’ancre en 2017 ([12]). Ils y décrivent toute l’importance qu’ont prise à leurs yeux les objets connectés (smartphones, montres connectées, bracelets traceurs d’activité physique, kit de diagnostic et de suivi médical, traceurs GPS, doudous connectés, boite à médicaments connectée, plantes connectées, assistants domestiques, compteurs intelligents, aspirateur et télévisions connectées, etc.). Pour eux, tous ces objets sont merveilleux, ils sont déjà indispensables et vont devenir essentiels, et il est absolument indispensable que l’industrie locale se lance de toute urgence sur ce marché afin d’en profiter au maximum … tant qu’il est encore temps !

Internet of things - l'émancipation des objets, éditions G d'Encre
Internet of things – l’émancipation des objets, éditions G d’Encre

Vu le talent de ladite industrie en matière de microtechnique (la production en grand nombre de petits objets de grande qualité), le plaidoyer de ces auteurs semble plein de bon sens. Par exemple, produire une boîte de médicaments qui peut détecter quand une personne oublie de prendre ses prescriptions, peut-être très utile pour des personnes qui sont devenues désorientées. Disposer d’une machine qui permettrait aux patient-e-s diabétiques de mesurer en permanence leur glycémie et d’ajuster automatiquement le dosage fourni par leur pompe à insuline est susceptible de leur éviter beaucoup de situations délicates (hypo et hyperglycémies) et de préserver leur santé à moyen et long terme. Et il y a de nombreux autres objets qui pourraient se révéler extrêmement utiles.

Mais je crains qu’il n’y ait nettement plus loin de la coupe aux lèvres qu’escompté, en raison de problèmes liés aux logiciels de ces objets, de à l’absence de sécurité de ces derniers, des conséquences catastrophiques que cela peut avoir, des problèmes de sécurité des données sur Internet et en raison d’un mouvement croissant vers une sobriété heureuse (des objets en moindre nombre et beaucoup plus durables).

Le monde médical connaît les objets connectés depuis des années et les problèmes pratiques qu’ils soulèvent illustrent bien la problématique.

  • La difficulté de rendre réellement utiles et pertinents les produits de l’IT dans le monde de la médecine a été décrite, entre autres, dans une publication de 2010, qui décrit le cadre général du sujet ([13]).
  • Les problèmes liés aux appareils médicaux (connectés ou non) font régulièrement surface dans les forums spécialisés ([14]) avec des histoires qui font dresser les cheveux sur la tête. Les problèmes sont suffisamment graves et récurrents pour qu’ils fassent régulièrement l’objet de synthèses et de points de situation dans des publications académiques ([15], [16], [17], [18]).
  • Nombre de ces situations relèvent d’un scénario qui est le suivant : afin de piloter leurs objets (dont certains coûtent des millions et dont les dysfonctionnements peuvent mettre en danger la vie des patients), les fabricants sous-traitent la partie logicielle de ces derniers. Ils recourent à des logiciels de base complètement obsolètes et ne prennent aucune mesure pour les faire mettre à jour. Afin de faciliter la maintenance de leurs équipements, ils incluent des accès vers internet et, pour se simplifier la vie l’authentification est extrêmement basique et la même sur tous leurs objets. Tout ceci se combine, bien sûr, avec les bugs du logiciel destiné à piloter leurs appareils. En conséquence, il est extrêmement facile de s’introduire à distance dans ces appareils pour en prendre le contrôle et cela a été fait. Nombre d’entre eux sont infectés de virus très délétères qui, pour la plupart, seraient gardés sous contrôle par un logiciel de base et un antivirus régulièrement à jour.
  • Un hôpital qui est averti de la situation peut prendre des mesures aptes à réduire les risques. Il peut renforcer ses procédures d’achats et il peut prendre des mesures techniques et organisationnelles qui vont réduire très notablement l’éventualité de dysfonctionnements majeurs de ce genre de machine.
  • Si des appareils extrêmement coûteux sont mis sur le marché alors qu’ils comportent des faiblesses aussi graves, qu’en est-il d’appareils fabriqués en grande série et vendus à bien moindre coût ? Et certains de ces appareils peuvent également mettre en danger la vie de leurs utilisateurs, s’ils dysfonctionnent.
  • Les pompes à insuline existent depuis des années et elles facilitent la vie des patients diabétiques, tout comme les appareils qui leur permettent de mesurer régulièrement leur taux de glycémie sans devoir se piquer sans cesse. Pour autant, nombre de personnes disaient il y a encore peu de temps qu’aucune entreprise ne serait assez inconsciente pour « fermer la boucle » et produire un appareil permettant de piloter la pompe à partir des mesures du taux de glycémie. En cas d’erreur, les conséquences seraient bien trop graves et problématiques. Mais c’est raté. Les premiers appareils sont sur le marché ([19], [20], [21]) et ils comportent toutes les caractéristiques nécessaires (pilotage via un smartphone, parties de logiciels dans le nuage, etc.) pour induire des risques de sécurité majeurs. Les forums spécialisés ont toutes les chances d’avoir des histoires très intéressantes dans les mois à venir.

Ces négligences graves ne sont pas réservées au domaine de la santé. Des problèmes du même ordre autour du vote électronique et, en particulier des machines destinées à enregistrer les votes font régulièrement surface. Elles démontrent des négligences tout aussi graves avec des conséquences comparables ([22]). On trouve également des cas de véhicules connectés qui ont été piratés ([23] [24], [25], [26], [27], [28]), certains ont démontré qu’ils étaient en mesure de prendre le contrôle et de dérouter des navires ([29], [30]) voire d’attaquer des avions de ligne ([31], [32], [33]) ! La question de savoir quand aura lieu le premier assassinat en série commis en prenant à distance le contrôle de véhicules autonomes est posée ([27], [28]) fait l’objet d’intenses débats. Les premiers accidents mortels ont déjà eu lieu ([34]).

Dans ce contexte, les annonces concernant le piratage et les défauts importants d’objets plus quotidiens se suivent en quantité, se ressemblent et paraissent presque banales, tant elles sont annoncées. Qu’il s’agisse de la prise de contrôle du robot utilisé par Nestlé pour accueillir les clients au japon ([35], [36]), d’une poupée connectée interdite de vente par le gouvernement allemand ([37], [38], [39], [40]), ou d’un soi-disant assistant domestique qui nous rappelle que sa fonction première est d’enregistrer tout ce qui passe à sa portée ([41], [42]), toutes ces nouvelles sont d’autant plus lassantes qu’elles confirment qu’aucun changement d’attitude de la part des fabricant d’objets ne s’est produit.

Les multinationales ont, jusque-là, eu les moyens de faire croire à leurs clients que ces défauts n’existaient pas, ou qu’ils n’avaient aucune importance. Mais combien de temps, cela va-t-il durer ? Et une PME pourra-t-ealle faire de même, alors que ses ressources sont beaucoup plus limitées ?

Pour pouvoir profiter durablement de l’opportunité constituée par la généralisation des objets connectés, les PME spécialisées dans la microtechnique vont impérativement devoir prendre à bras le corps les problèmes de sécurité, de protection de la sphère privée et de fiabilité qui sont récurrents dans les situations décrites ci-dessus. Il est certainement possible de trouver des solutions et il est même possible qu’elles aient déjà été développées, et qu’elles attendent quelque part dans un laboratoire. Mais elles ont toutes les chances d’être nettement plus chères et contraignantes que l’attitude négligente qui a prévalu jusque-là.

Il pourrait cependant y avoir une place à prendre qui permettrait aux chercheurs et aux entreprises qui apportent des solutions solides d’acquérir une légitimité, des arguments de vente, et une position très solide dans un marché où la concurrence est très forte. Ceci nous permettrait également d’avoir des objets connectés qui seraient beaucoup plus fiables et à notre service que les objets actuels. Ceci nous changerait notablement de la situation dystopique dans laquelle nous nous trouvons actuellement. Mais un tel changement est-il susceptible de se produire ? Et quand ?

 

RÉFÉRENCES

[1] https://autoidlabs.org

[2] https://autoidlabs.org/#about

[3] https://www.redbite.com/the-origin-of-the-internet-of-things/

[4] https://www.ifm.eng.cam.ac.uk/news/the-origin-of-the-internet-of-things/

[5] https://en.wikipedia.org/wiki/Internet_of_things

[6] Weiser, Mark (1991). « The Computer for the 21st Century”. Scientific American. 265 (3): 94–104. Bibcode:1991SciAm.265c..94W.

[7] https://www.statista.com/statistics/471264/iot-number-of-connected-devices-worldwide/

[8] https://spectrum.ieee.org/tech-talk/telecom/internet/popular-internet-of-things-forecast-of-50-billion-devices-by-2020-is-outdated

[9] https://www.tresor.economie.gouv.fr/Ressources/File/326045

[10] https://www.robert-schuman.eu/fr/questions-d-europe/0082-ou-va-l-industrie-europeenne

[11] https://www.letemps.ch/economie/suisse-train-perdre-industrie

[12]  Xavier Comtesse, Florian Németi, Giorgio Pauletto, Dominique Duay, INTERNET OF THINGS, L’ÉMANCIPATION DES OBJETS, Editions G d’Encre, 2017

[13] Stephen V. Cantrill, m.D., Computers in Patient Care: the Promise and the Challenge, Communications of the acm | september 2010 | vol. 53 | no. 9, pp 42-47.,

[14] https://catless.ncl.ac.uk/Risks/

[15] A. J. Burns, M. Eric Johnson, Peter Honeyman, A Brief Chronology of Medical Device Security, Communications of the ACM, October 2016, Vol. 59 No. 10, Pages 66-72

[16] Kevin Fu, James Blum, Controlling For Cybersecurity Risks of Medical Device Software, Communications of the ACM, October 2013, Vol. 56 No. 10, Pages 35-37

[17] Johannes Sametinger, Jerzy Rozenblit, Roman Lysecky, Peter Ott, Security Challenges For Medical Devices, Communications of the ACM, April 2015, Vol. 58 No. 4, Pages 74-82

[18] Daniel Halperin,  Thomas S. Heydt-Benjamin,  Kevin Fu, Tadayoshi Kohno,  William H. Maisel, Security and Privacy for Implantable Medical Devices, IEEE Pervasive Computing ( Volume: 7, Issue: 1, Jan.-March 2008 )

[19] https://www.fda.gov/MedicalDevices/ProductsandMedicalProcedures/DeviceApprovalsandClearances/Recently-ApprovedDevices/ucm600603.htm

[20] https://www.lesechos.fr/13/04/2017/LesEchos/22425-065-ECH_les-outils-pour-mieux-gerer-le-diabete-se-multiplient.htm

[21] https://www.romandie.com/news/Ypsomed-lance-une-nouvelle-application-pour-controler-le-diabete/885854.rom

[22] voir, par exemple, https://www.schneier.com/crypto-gram/archives/2018/0515.html#1

[23] https://www.nytimes.com/2017/05/19/opinion/what-happens-when-your-car-gets-hacked.html

[24] http://fortune.com/2017/07/27/car-wash-hack/

[25] https://blog.trendmicro.com/trendlabs-security-intelligence/connected-car-hack/

[26] https://www.thetimes.co.uk/article/hackers-could-take-control-of-cars-and-kill-millions-ministers-warned-fx8gv5sk7

[27] https://eu.detroitnews.com/story/business/autos/mobility/2017/11/15/carmakers-stuggle-robot-car-hacking-fears/107696450/

[28] https://www.westernjournal.com/experts-warn-terrorists-kill-millions-remotely-hacking-peoples-cars/

[29] https://www-asket-co-uk.cdn.ampproject.org/c/s/www.asket.co.uk/single-post/2017/11/26/Hackers-took-full-control-of-container-ships-navigation-systems-for-10-hours-AsketOperations-AsketBroker-ELouisv-IHS4SafetyAtSea-TanyaBlake-cybersecurity-piracy-shipping

[30] https://catless.ncl.ac.uk/Risks/30/52#subj11.1

[31] https://www.csoonline.com/article/3236721/security/homeland-security-team-remotely-hacked-a-boeing-757.html

[32] https://catless.ncl.ac.uk/Risks/28/69#subj1.1

[33] https://www.wired.com/2015/05/feds-say-banned-researcher-commandeered-plane/

[34] https://www.zdnet.com/article/uber-suspends-self-driving-car-program-after-death/

[35]  https://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-le-robot-pepper-nid-a-vulnerabilites-de-securite-71896.html

[36] https://arxiv.org/pdf/1805.04101.pdf

[37] https://www.journaldugeek.com/2017/02/20/lallemagne-interdit-la-vente-de-la-poupee-connectee-cayla-qui-peut-potentiellement-espionner-les-enfants/

[38] http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2017/02/17/97002-20170217FILWWW00284-allemagne-une-poupee-connectee-retiree-de-la-vente.php

[39] https://www.lemonde.fr/pixels/article/2017/02/20/en-allemagne-une-poupee-connectee-qualifiee-de-dispositif-d-espionnage-dissimule_5082452_4408996.html

[40] https://www.lesechos.fr/04/12/2017/lesechos.fr/030977668823_la-croissance-du-jouet-connecte-a-l-epreuve-des-polemiques-sur-la-securite.htm

[41] http://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/2018/05/25/32001-20180525ARTFIG00236-une-enceinte-d-amazon-enregistre-la-conversation-d-un-couple-puis-la-partage-par-erreur.php

[42] https://www.lesnumeriques.com/assistant-domotique/echo-amazon-enregistre-a-tort-conversation-privee-n74579.html

 

 

 

 

 

 

 

Comment avons-nous perdu les femmes dans l’IT ? Elles ne sont pas juste parties. Nous les avons éjectées.

Portraits de l'amirale Grace Hopper, Adele Goldberg, Frances Allen & Lynn Conway, quatre parmi les femmes les plus fameuses dans le monde de l'informatique. Source: Wikimedia Commons
L’amirale Grace Hopper, Adele Goldberg, Frances Allen & Lynn Conway, quatre parmi les femmes les plus fameuses dans le monde de l’informatique. Source: Wikimedia Commons

C’est ce que conclut le professeur Moshe Y. Vardi (université de Rice), membre éminent de l’Association for Computing Machinery, une des sociétés scientifiques IT les plus importantes au monde (avec environ 100’000 membres). Cette conclusion termine dans un article particulièrement franc et clair, publié dans le tout dernier numéro des Communications of the ACM, la publication de base de la société ([1]).

Ce dernier fait suite à de nombreuses années de constat d’échec de l’ACM, qui conclut que tous les efforts réalisés (avec d’autres sociétés scientifiques) pour attirer plus de femmes dans le monde de l’IT et dans des domaines connexes n’ont servi à rien ou presque. Les comptes-rendus du groupe ACM-Women au sein des Communications of the ACM en font régulièrement état.

Cet article et ces comptes-rendus ont un écho particulier en regard d’un article de la professeure Dianne P. O’Leary ([2]) qui constatait en 1999 que l’état de quasi-exclusion des femmes du domaine de l’IT n’avait pas existé depuis le début. En fait, les femmes étaient et sont restées majoritaires dans le domaine, tant que l’informatique est restée une branche des mathématiques. En 1972, elles représentaient 80% des étudiants dans certaines universités. En 1986, elles représentaient encore 50% des étudiants.

Ceci démontre au passage que les personnes qui osent prétendre que les femmes seraient naturellement peut douées pour l’IT, comme l’a fait récemment un ingénieur de Google ([3], [4]), ne font que proclamer leur ignorance de l’histoire de leur domaine, ainsi que leurs préjugés.

A près de 20 ans de distance, les publications de Dianne P. O’Leary et celle de Moshe Y Vardi se complètent tellement qu’on pourrait croire qu’elles ont été écrites de concert. Ceci montre combien la situation a peu évolué. La professeure Dianne O’Leary documente les formes de discriminations directes et indirectes auxquelles les femmes doivent faire face avant même leurs études universitaires, durant ces dernières puis dans le monde académique. En plus d’attaques ouvertement sexistes, elle documente la succession de plus ou moins « petites » agressions que vivent les femmes qui veulent faire des études et une carrière dans ce domaine et qui finissent par user toutes les candidates, ou presque.

Moshe Y Vardi commence par faire référence au rôle éminent des femmes durant les premières décennies de l’informatique, rôle qui a été largement document et transcrit, y compris dans des ouvrages pour le grand public anglophone. Dans un deuxième temps, preuves à l’appui, il constate que l’industrie informatique a eu une politique violemment et activement misogyne, et la Silicon Valley a eu un triste rôle de leader dans ce domaine aussi. Le mouvement #MeToo documente jour après jour l’étendue de cette situation sur toute la planète.

Les références permettent de retrouver les preuves formelles de ce que les auteurs décrivent, ce qui est d’autant plus important que nombre d’hommes ont d’énormes difficultés à admettre la réalité de ces discriminations, même quand ils sont mis face à l’accumulation de preuves que nous avons depuis des décennies ([5], [6], [7], [8], [9], [10], [11], [12], [13], [14]).

Vu l’importance du problème, le poids du déni généralisé dont elle fait l’objet et le refus de prendre des mesures qui ne seraient pas pusillanimes, la situation n’est pas près de changer. Ceci dit, cette publication permet de montrer que tout le monde (y compris des hommes) ne baisse pas les bras, que certaines femmes ont néanmoins eu la combativité et la solidité nécessaire pour survivre et briller dans ce milieu et elle peut donner des arguments aux femmes qui ont choisi cette carrière pour démontrer preuves à l’appui les discriminations auxquelles elles font face. Cela pourra les aider à convaincre les personnes de bonne foi autour d’elles. Quant aux autres, leur mauvaise foi sera clairement mise en lumière.

REFERENCES

[1] Moshe Y. Vardi, How We Lost the Women in Computing, Communications of the ACM, Vol. 61 No. 5, Page 9, https://cacm.acm.org/magazines/2018/5/227192-how-we-lost-the-women-in-computing/fulltext

[2] Dianne P. O’Leary, ACCESSIBILITY OF COMPUTER SCIENCE: A Reflection for Faculty Members, http://www.cs.umd.edu/users/oleary/faculty/wholepdf.pdf

[3] John Horgan Google Engineer Fired for Sexist Memo Isn’t a Hero, https://blogs.scientificamerican.com/cross-check/google-engineer-fired-for-sexist-memo-isnt-a-hero/

[4] Alexandra Eul, Sorry, Google guy: ‘Biological’ reasons have justified sexism long enough, https://www.theglobeandmail.com/opinion/sorry-google-guy-biological-reasons-have-justified-sexism-long-enough/article35925505/

[5] Hannah Fingerhut, In both parties, men and women differ over whether women still face obstacles to progress, http://www.pewresearch.org/fact-tank/2016/08/16/in-both-parties-men-and-women-differ-over-whether-women-still-face-obstacles-to-progress/

[6] Margie Warrell, Unconscious bias: most women believe sexism still exists but most men disagree, https://www.theguardian.com/sustainable-business/2016/sep/02/unconscious-bias-most-women-believe-sexism-still-exists-but-most-men-disagree

[7] Barres, B. A., Does gender matter? Nature 442, 133-136 (2006) doi:10.1038/442133a. https://www.nature.com/scitable/content/does-gender-matter-by-ben-a-barres-10602856

[8] When Will the Gender Gap in Science Disappear?, https://www.theatlantic.com/science/archive/2018/04/when-will-the-gender-gap-in-science-disappear/558413/

[9] Sarah Gonser, Jobs in cybersecurity are exploding. Why aren’t women in the picture?, https://www.nbcnews.com/news/us-news/jobs-cybersecurity-are-exploding-why-aren-t-women-picture-n865206

[10] Google’s ‘bro-culture’ meant routine sexual harassment of women, suit says, https://www.theguardian.com/technology/2018/feb/28/google-lawsuit-sexual-harassment-bro-culture

[11] Pui-Wing Tam, How Silicon Valley Came to Be a Land of ‘Bros’, https://www.nytimes.com/2018/02/05/technology/silicon-valley-brotopia-emily-chang.html

[12] TIM JOHNSON, Here’s a tech problem to debug: Why are so few women in cybersecurity?http://www.miamiherald.com/news/nation-world/national/article196366189.html

[13] Shirin Ghaffary, Nearly three out of four women in computer-related jobs report discrimination in the workplace, https://www.recode.net/2018/1/9/16870120/women-discrimination-pew-research-computer-job-workplace-harassment-stem

[14] Salvador Rodriguez, Paresh Dave, https://www.reuters.com/article/us-tech-ces-misconduct/ces-kicks-off-with-no-lead-women-speakers-or-code-of-conduct-idUSKBN1EU25O